Description

Sarpente, au nord du grand golfe de Sant’Amanza, sur la commune de Bonifacio, un océan de maquis dévalant vers la mer dissimule un étonnant trésor naturel : trois mares temporaires, les « Tre Padule », qui, comme les trois mousquetaires, sont en réalité au nombre de quatre : Padule Levante, Padule Mezzu, Padule Ponante et Padule Maggiore. Ces quatre petites dépressions, alimentées par un ruisseau temporaire, s’emplissent d’eau douce à la fin de l’été et s’assèchent au début du printemps. Dans ce relief peu marqué de collines, ce plateau suspendu sans occupation humaine, la mer semble loin, le regard cherche l’horizon et le trouve parfois, à la faveur d’une hauteur. Mais le site est tout entier tourné vers la terre, vers de minuscules mers intérieures.. L’attrait réside ici dans l’éphémère et le tout petit : une flore et une faune très originales et très rares, adaptées aux variations extrêmes des mares temporaires asséchées l’été, inondées l’hiver, et qui ont valu à Tre Padule le classement en Réserve Naturelle.

Histoire

Les mares temporaires de Tre Padule sont probablement d’origine naturelle, elles se sont installées dans un petit fossé d’effondrement, alimentées par un ruisseau qui coule de façon intermittente en fonction des saisons. Les recherches et inventaires botaniques menés sur les mares temporaires, un habitat très menacé à l’échelle de la Méditerranée, ont abouti à la création de la Réserve Naturelle.

Dans ce site aujourd’hui déserté par les hommes, simplement fréquenté par le bétail venant y pâturer, les traces humaines sont rares. Seules les ruines d’une grande bergerie, au lieu-dit Campu Celi, révèle un passé pastoral. Leur origine et donc la date d’installation de populations sur ce site reste incertaine.

Habitats et Flore

Si le maquis est riche d’une flore qui ne manque pas d’attrait, mêlant bruyères arborescentes et arbousiers, cistes, lavandes et genévriers, le joyau se niche dans les mares temporaires, où des espèces naines ont adapté leur reproduction à l’alternance régulière d’assèchement et d’inondation du milieu, comme l’isoète à voile et la littorelle à une fleur. Certaines de ces espèces sont endémiques de Corse : la romulée de revelière, la scille de Corse, l’Ambrosina de Bassi, Serapias de la Nurra, toutes plantes au nom plus spectaculaire que leur apparence. La Pilulaire délicate, espèce très rare et menacée, bien présente sur le site, a justifié pratiquement à elle seule la création de la réserve naturelle : elle n’est présente que dans une seule autre réserve naturelle sur le territoire français.

Faune

Tre Padule n’est pas qu’un joyau floristique. La faune n’y est pas moins étonnante ou précieuse. Les mares sont avant tout un lieu de reproduction idéal pour de nombreux amphibiens : crapaud vert, discoglosse sarde, rainette sarde et grenouille de Berger. Mais surtout, elles abritent une microfaune de petits crustacés qui ont développé d’étonnantes stratégies de survie : leurs œufs traversent de longues périodes de dormance en période sèche puis, dès les premières pluies, se réveillent pour initier un nouveau cycle vital.

En période inondée, les mares reçoivent la visite d’oiseaux d’eau : aigrette garzette, héron pourpré et héron cendré, échasse blanche, bécasseaux, chevaliers, canards.